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Perception des conséquences du Chgt climat  

(c) SNAM Eric DAVIDSelon tous les modèles statistiques développés par le GIEC, nous savons que l'Europe se "réchauffe" plus vite que le reste du monde, l'Europe des latitudes 45 (donc la France), plus vite que le reste de l'Europe, la montagne plus vite que la plaine et la montagne alpine plus vite que la montagne en général ....

Le rapport introductif, présenté par Madame Marie-Antoinette MELIERES, chercheur CNRS et professeur de climatologie à l'Université de Grenoble (Joseph Fourier) a été sans aucune équivoque. Tous les modèles convergent. 


Les membres du Comité de Massif, co-présidé par le député Michel BOUVARD et par le commissaire Jean Pierre CHOMIENNE ont consacré leur journée du 4 mai dernier à écouter et à entendre les positions des uns et des autres : élus, scientifiques, acteurs socio-économiques de la montagne.


Le SNAM était représenté. Reportage !


 

 
Marie Antoinette MELIERESPeut on parler d'un "réchauffement avéré" ?

L’effet de serre est un mécanisme subtil qui est bien souvent mal compris.
Nous présentons ci-dessous une approche schématique de ce mécanisme : par souci de lisibilité, les valeurs portées sur les schémas ont été arrondies.



voir le site web : Temp moyenne surface terre

(c) SNAMPerception des conséquences du CC

Si le changement climatique est un fait avéré, qu'en est-il de sa perception par les élus et par les acteurs socio-économiques des territoires montagnards ?

Rapport au Comité de Massif des professeurs Emmanuelle GEORGES MARCEL POIL (CEMAGREF GRENOBLE) et Philippe LANGEVIN (Université de Marseille).


 



Michel BOUVARD (c) SNAMDes grands élus de la montagne à l'écoute

Quelle que soit la méthode employée, tous les experts considèrent le changement climatique comme une réalité avérée ...

... même si son rythme est encore mal perçu. A l’horizon 2100, l’augmentation de la température de la planète se situera entre 1.4°C et 5.8°C selon la croissance économique, l’augmentation de la population et la partie de la planète concernée. Une telle augmentation sera synonyme de plus grandes amplitudes entre les températures diurnes et nocturnes, d’une augmentation de la fréquence des canicules et des vagues de chaleur, de fortes précipitations, de territoires plus nombreux touchés par une sécheresse plus fréquente, de l’accroissement de l’activité des cyclones tropicaux et d’une augmentation du niveau de la mer.


Les Alpes : un territoire particulièrement sensible


Ces évolutions seront particulièrement marquées dans le massif alpin qui présente une vulnérabilité particulière et où le réchauffement sera plus accentué qu’ailleurs avec :


-          Une réduction du manteau neigeux et une perte possible d’attractivité du produit ski,


-          Une diminution sensible du nombre de jours de neige au sol en dessous de 1500 mètres d’altitude,


-          Une augmentation des risques naturels,


-          Une agriculture de montagne impactée par le manque d’eau, des événements extrêmes et le développement des insectes nuisibles actuellement non présents en altitude,


-          Une forêt affectée par l’accroissement de la période de la végétation, la sécheresse et les incendies, le remplacement des conifères par des feuillus, le report des espèces vers le nord,


-          Une augmentation des précipitations en hiver et une diminution en été, des risques accrus d’inondation,


-          Une plus grande dépendance par rapport aux énergies émettrices de gaz à effet de serre,


-          Un accroissement des émissions de CO² induit par les déplacements en véhicules particuliers



Sylvie GILLET DE THOREY (c) SNAMPremières initiatives qui témoignent d’une prise de conscience

Dans le massif alpin, un certain nombre de démarches sont d’ores et déjà engagées. Parmi elles :

 Des références dans la Convention Alpine,


-          Des engagements de programmes scientifiques : PRINAT, PERMANET            , CLIMCHALP, CLIM ADAPT,


-          Un rapport « Au-delà du changement climatique, les défis et l’avenir de la montagne » (Association Nationale des Elus de Montagne). Document consultable sur www.anem.org,


-          La charte « Stations et développement durable » publiée par l’Association Nationale des Maires des Stations de Montagne. Document consultable sur www.skifrance.fr


-          Plans climat territoriaux de certaines agglomérations (Grenoble, Chambéry …)


-          Livres blancs relatifs à une approche globale du changement climatique de certaines collectivités territoriales (exemple Conseil Général de la Savoie, document consultable sur www.cg73.fr)


-          Projet « Avenir dans les Alpes » de la CIPRA. Documents consultables sur www.cipra.fr



Xavier CHAUVIN DIACT (c) SNAMMais, plus on s'éloigne des cénacles ...

Néanmoins, ces initiatives n’ont pas encore généré une prise de conscience globale des changements déjà effectifs et de leurs conséquences prévisibles, auprès de l’ensemble des acteurs publics et privés qui concourent au développement et à l’aménagement de l’arc alpin.


Pour faire face aux changements attendus, deux stratégies doivent se compléter :


1°) réduire les émissions de gaz à effet de serre


L’objectif ici est de s’inscrire dans les politiques européennes et mondiales visant à limiter la hausse des températures. C’est la finalité même des Plans Climat Territoriaux qui doivent se traduire :


-          Dans les transports, par le développement des transports collectifs dans l’accès aux zones touristiques, les liaisons vallées-stations, l’évolution de l’offre ferroviaire,


-          Dans l’énergie, par des mesures d’économie d’énergie (HQE, maîtrise de l’éclairage public, mesures d’isolation …) et de développement des énergies renouvelables


2°) s’adapter au changement climatique


Quelle que soit l’efficacité des politiques d’atténuation qui se mettent en place, une élévation de la température, de l’ordre de 2°C, semble inéluctable à l’horizon 2050. Il convient donc d’en anticiper les effets :


-          Dans le tourisme par la diversification des stations de moyenne montagne vers d’autres activités que le ski et la remise en cause de la neige de culture,


-          Pour faire face aux risques naturels en développant une culture du risque dans les constructions, les équipements et les activités propres à la montagne,


-          Pour économiser la ressource en eau et faire face aux conflits d’usage attendus entre l’urbanisation, le tourisme et l’agriculture,


-          Pour mettre en place une politique activité sur la filière bois-énergie,


-          Pour promouvoir une agriculture moins consommatrice d’eau.


 



Alexandre MIGNOTTE / CIPRA (c) SNAMDes acteurs inquiets et démunis face au changement climatique

Les rencontres avec les acteurs de l’aménagement et du développement de la montagne témoignent d’un décalage entre la connaissance ou la perception du changement climatique et l’évolution des pratiques sur le terrain.

-          Aucun des interlocuteurs de l’enquête n’a contesté le phénomène de changement climatique, ni le fait qu’il s’agit d’un vrai sujet auquel, tôt ou tard, l’économie et les ressources du massif seront confrontées,


-          Les interrogations, parfois le scepticisme, portent davantage sur les effets probables du changement climatique et sur les échéances. Les incertitudes qui demeurent sur l’ampleur du réchauffement, la difficulté de produire des prospectives territorialisées peuvent nourrir un sentiment que les effets sont attendus, plutôt à moyen et long termes, et que l’on manque de repères pour envisager de véritables mutations. C’est, d’une certaine manière, un phénomène qui apparaît encore lointain dans le temps et dans l’espace (d’autres seront touchés avant nous).


-          Globalement le changement climatique est perçu comme un risque, une menace, face auxquels il convient de trouver des parades. Ce sont plus à des mesures d’ajustement, d’adaptation des pratiques actuelles que l’on pense, qu’à de véritables changements structurels. Cette attitude est à relier au flou qui semble encore caractériser le niveau de connaissance,


-          Dans la hiérarchie des préoccupations, le changement climatique vient souvent après d’autres enjeux ou d’autres problèmes : l’action sur le foncier et l’habitat, l’évolution des clientèles touristiques, le maintien des activités et de l’emploi, la rareté ou la cherté énergétique …



Jean Yves REMY / Labellemontagne (c) SNAMToujours, parfois, les mêmes discours ...

Tout cela explique une distance entre d’une part, la reconnaissance d’une donnée majeure pour le devenir du massif alpin et, d’autre part, l’inflexion des politiques qui y sont conduites.


La rencontre avec les acteurs de l’aménagement et du développement de la montagne, et l’analyse des actions entreprises, montrent aussi que la plupart d’entre eux minimisent l’impact du changement climatique dans le massif. Si la maîtrise de l’énergie et le développement de la filière bois-énergie sont fréquemment évoqués, c’est davantage pour faire face à la crise de l’énergie qu’au changement climatique. La référence lancinante aux transports collectifs s’accompagne difficilement de mesures concrètes pour constituer une véritable alternative à l’usage de la voiture privée. La construction de bâtiments à haute qualité environnementale (autres que publics) relève toujours de l’expérimentation.


Les mesures d’adaptation restent, pour la plupart d’entre elles, au niveau du discours. Les stations de moyenne montagne, continuent, pour la majorité, à s’équiper en neige de culture et à développer leurs capacités d’hébergement touristique. Certains opérateurs de remontées mécaniques comme certaines collectivités territoriales, supports de destinations touristiques, considèrent que la médiatisation du changement climatique peut avoir un effet négatif sur la clientèle. L’augmentation des risques est davantage prise en compte sans véritable réponse. La pénurie attendue de la ressource en eau n’est pas considérée comme imminente. Les communes forestières ne se mobilisent que sur le développement du bois-énergie sans s’engager vers une nouvelle politique forestière. Peu d’acteurs publics envisagent d’accompagner une agriculture moins consommatrice d’eau, de limiter les cultures fortement consommatrices comme le maïs, de lutter contre les insectes nuisibles ou de prendre en compte l’accroissement de l’érosion des sols ou l’augmentation du risque de grêle.



Marie BOUCHEZ vice pdte PACA (c) SNAMLes acteurs du développement de la montagne expriment des attentes.

Elles sont de trois ordres :

-          Disposer de connaissances plus solides sur un processus encore contesté,


-          Traiter des solidarités entre amont et aval et entre vallées et montagnes,


-          Harmoniser les méthodes de travail pour l’élaboration de plans climats territoriaux.



(c) SNAMQuelques propositions pour passer du constat à l’action

Elles s’ordonnent autour de trois axes

La diffusion et la mutualisation des connaissances


-          Réaliser un document de synthèse sur l’impact du changement climatique en montagne et largement diffusé auprès des communes, des EPCI et des PNR,


-          Favoriser la mise en réseau des initiatives et démarches engagées dans les massifs,


-          Assurer une fonction de veille pour repérer et analyser tout événement directement relié au réchauffement climatique,


-          Ouvrir un site internet dédié,


-          Publier, à destination des collégiens et des lycéens, un document d’alerte à caractère pédagogique sur les implications du changement climatique.


L’appui technique et scientifique


-          Mobiliser le conseil scientifique de massif sur les différentes composantes de ce mouvement et les mesures d’adaptation à mettre en œuvre,


-          Regrouper les collectivités territoriales impliquées, des représentants des CDT, des autorités gestionnaires du transport, de la forêt, des milieux agricoles au sein d’un groupe de travail animé par le commissariat de massif,


-          Accompagner l’activité touristique par une démarche d’étude et de conseil sur la diversification pour les stations,


-          Accompagner l’activité agricole- forêt pour l’aider à faire face au changement climatique.


L’accompagnement des collectivités dans des démarches innovantes en matière d’adaptation au changement climatique


-          Définir des terrains d’expérimentation, reflet de la diversité du massif, comme supports à une réflexion prospective,


-          Conditionner les aides de l’Etat et des régions à la montagne à la prise en considération du changement climatique dans les opérations conduites,


-          Inciter les régions, les départements et les Parcs, les communes et les EPCI à réaliser des Plans Climat Territoriaux en leur apportant une aide méthodologique,


-          Engager les collectivités territoriales à l’améliorer l’offre de transport public, de ressource en eau …


 



Alors ? Prise de conscience ou non ...

Il y a un monde entre ce type de cénacle et la réalité de terrain. Que penser du traitement différencié entre la mise en oeuvre d'une UTN qui passe par la commission ad hoc du comité de massif et la négociation d'une DSP entre une petite commune et un gros opérateur de remontées mécaniques.

La prise en compte des conséquences du changement climatique dans les prochains conventionnements Etat-Région-Territoire sont encore bien négligeables. La priorité est certes donnée à la diversification, à l'été, au hors ski ... mais il n'y a là que des petits arrangements entre amis, surtout adapter, bien lisiblement, mais ne rien changer.


Petit test ... proposez donc à votre autorité organisatrice de transport sur une communauté de communes montagnardes, desservie en fond de vallée par un superbe TGV, de mettre en place, tout au long de l'été, au moins durant 2 mois, un service de navettes desservant les points de départ en randonnée, en via ferrata, en rocher d'escalade, le centre équestre et le pas de tir à l'arc. Essayer de coordonner les horaires et les points d'arrêts afin que les touristes en villégiature montagnarde soient véritablement incités à venir en train, sachant, qu'ensuite, ils ne seront pas prisonniers de leur "station".


Il y a souvent là, une des preuves que les villages et les stations de montagne à vocation entre autres, touristique, sont très empêtrées dans l'immobilisme, la crainte de toute innovation et pire encore, la vision de la rentabilité de l'action publique hors neige comparée aux retombées de celle-ci durant la période de neige au profit des skieurs ...


 



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